Chocolat bien-être

Considéré pendant plusieurs siècles comme un aliment aux vertus médicinales, le chocolat est inscrit à la pharmacopée depuis 1886. Il a d’abord été vendu par les apothicaires (pharmaciens de l’époque) et a longtemps été utilisé et consommé par tradition pour ses propriétés médicinales.

A l’ère industrielle, le chocolat se voit démocratisé pour une consommation davantage liée au plaisir, devenant une véritable friandise. Aujourd’hui, il est partout, des rayons des supermarchés aux menus des restaurants étoilés. Le nombre de boutiques a explosé ces vingt dernières années, notamment à Paris où le chocolat connaît une véritable effervescence. Pourtant, il a souvent été critiqué, accusé à tort de favoriser l’apparition de l’acné, faire grossir, constiper, d’accroître le taux de mauvais cholestérol, voire même de provoquer des crises de foie.

Il est amusant de constater qu’au lendemain des fêtes de Pâques, les Américains se plaignent d’avoir mal au cœur, les anglais d’avoir l’estomac à l’envers et les Français de souffrir d’une crise de foie. Les médecins défendent plutôt l’indigestion causée par un surplus de nourriture, tout simplement. La crise de foie est une légende !

Depuis une dizaine d’années, parallèlement aux qualités sensorielles du chocolat et au plaisir associé, de nombreuses recherches médicales et biologiques ont mis en évidence les effets bénéfiques des composants du cacao : énergétiques, stimulants, relaxants et antioxydants. Les études scientifiques le prouvent et placent désormais le chocolat comme un “aliment-santé” ayant également des bénéfices psychologiques.

Le chocolat est « bon » pour la santé !

Un aliment énergétique

Lorsque les conquistadors espagnols découvrirent la civilisation aztèque, ils remarquèrent très vite l’importance du cacao dans leur vie de tous les jours. Cet aliment exotique avait la réputation de donner des forces aux travailleurs et de soigner certaines maladies. Ils découvrirent aussi les vertus thérapeutiques du beurre de cacao qui était utilisé notamment comme un baume cicatrisant contre les brûlures, les gerçures et les morsures du soleil. Ces vertus sont d’ailleurs encore reconnues aujourd’hui puisque l’on retrouve de plus en  plus de crèmes et soins composés de formules au beurre de cacao favorisant l’hydratation de la peau et retardant ainsi son vieillissement.

Pour comprendre les effets du chocolat sur la santé, il importe de bien connaître sa composition nutritionnelle. Pour 100 grammes de chocolat noir à un taux d’environ 70% de cacao, le chocolat se compose de 54% de glucides, 27% de lipides, 6% de protéines et 9% de fibres. C’est un aliment très énergétique : une tablette de 100 g de chocolat noir, non fourrée, apporte 550 calories. Quelle que soit la couleur du chocolat ! Le chocolat noir n’est pas moins calorique que le chocolat blanc. Seule sa composition change radicalement. Dans une tablette de chocolat noir à 70% de cacao, par exemple, il y a un maximum de cacao, contenant tous les effets bénéfiques pour la santé, et un minimum de sucres ajoutés. Aussi, il ne contient pas de lactose (sucre du lait). Pour préserver sa santé, je vous confirme qu’il vaut mieux privilégier la consommation de chocolat noir !

Outre le cacao, le chocolat contient des éléments essentiels à l’organisme comme des sels minéraux et des vitamines : potassium (400mg), magnésium (170mg), phosphore (280mg), calcium (60mg), sodium (12mg), fer (3mg), cuivre (1mg), zinc (0,2mg), fluor (0,05mg), iode (0,005mg) , vitamines A1, B1 ou thiamine, B2 ou riboflavine, B5, B6, en acide nicotinique ou PP, en vitamines D et E.

Un stimulant puissant

Plusieurs auteurs du XIXe siècle se sont aussi intéressés au chocolat, alors très à la mode en Europe. Les écrits du célèbre gastronome français Anthèlme Brillat-Savarin, regroupés et publiés en 1825 sous le titre Physiologie du goût, consacrent plusieurs chapitres aux usages médicinaux du chocolat. Brillat-Savarin le conseillait à ceux « qui ont beaucoup de travail intellectuel à accomplir, comme les prêtres et les hommes de loi », et également aux voyageurs. Il invitait les consommateurs à « boire une tasse de bon chocolat après le petit-déjeuner pour faciliter la digestion ».

La diversité de ses précieux éléments fait du chocolat un aliment concentré. Il a aussi un effet tonique en raison de sa légère teneur en théobromine. Il apaise les fringales entre les repas en apportant à l’organisme, même en petite quantité, l’énergie dont il a besoin.

Un relaxant et un antidépresseur

Loin d’être un aliment « neutre », le chocolat a un effet non négligeable sur le moral. Non seulement il procure beaucoup de plaisir quand on le consomme, mais il a la particularité de marquer les émotions dès le plus jeune âge. Chaque amateur a un souvenir lié au chocolat. Surtout en France où le chocolat est ancré dans la culture depuis l’arrivée sur le marché des premières tablettes de chocolat dans les années 1830. Les enfants en raffolent très vite et se réjouissent de le manger pendant les fêtes (Noël, Pâques), en récompense ou comme un placebo réconfortant. Toutes ces émotions laissent une empreinte dans notre mémoire, c’est sans doute pour cela que le chocolat véhicule autant d’affects à l’âge l’adulte. L’anthropologue Claude Lévi-Strauss soulignait : « un aliment ne doit pas être seulement bon à manger, mais aussi bon à penser ». C’est à l’intérieur de notre cerveau que s’exprime le plaisir gourmand apporté par le chocolat.

Le chocolat a la réputation d’améliorer l’humeur, certaines personnes le qualifie même d’« antidépresseur ». C’est bien connu, en cas de baisse de moral passagère, de nombreuses personnes ont recours au chocolat pour se réconforter. Antoine Gallais (apothicaire et chocolatier du XIXe siècle) affirmait : « le chocolat console à la fois l’estomac et le cerveau ».

La consommation de chocolat apporte un plaisir gustatif qui déclenche, au niveau de notre cerveau, la sécrétion d’endorphines, opiacés endogènes également appelés « molécule du plaisir ». Ces morphines naturelles sont euphorisantes et calmantes, elles diminuent l’anxiété, régularisent l’humeur et provoquent un état d’euphorie, entraînant une sensation de bien-être. L’action psychologique du chocolat n’est plus à démontrer. Cependant, il semble que le plaisir n’augmente pas nécessairement avec la quantité de chocolat ingéré, mais plutôt avec l’intention qu’on lui porte, le contexte de sa dégustation ou l’intensité du désir pour ce dernier.

L’anti-oxydant le plus puissant

Christiane Tixier, Pharmacien, souligne dans son ouvrage Le chocolat, cet aliment qui vous veut du bien publié en 2008, le rôle d’antioxydant qui ramène le cacao et le chocolat sur le devant de la scène en matière de santé.

C’est dans le cacao, matière première du chocolat, où l’on trouve la source la plus importante d’antioxydants, ces molécules qui aident votre corps à se libérer des radicaux libres qui causent des dommages aux cellules (on les trouve aussi en abondance dans le raisin et le vin).

Des chercheurs coréens ont récemment découvert que les polyphénols du cacao sont plus nombreux que ceux du thé vert, du thé noir et du vin rouge (30g de chocolat noir en apportent autant qu’un verre de vin rouge). Mieux encore : au cours de leur étude, les polyphénols du cacao se sont révélés être les plus antioxydants avec par ordre décroissant d’activité anti-oxydante : cacao > vin rouge > thé vert > thé noir.

Les polyphénols du chocolat sont capables de diminuer l’oxydation du cholestérol LDL (le « mauvais » cholestérol), oxydation considérée comme un facteur majeur de risque de maladie coronarienne, et diminueraient aussi la tension artérielle, l’inflammation et l’agrégation des plaquettes. Enfin, le cacao et le chocolat, surtout noir, sont de bons protecteurs du système cardiovasculaire.

Le pouvoir antioxydant du chocolat noir ne s’arrête pas là. Inscrivez-le sans attendre  sur votre liste d’aliments anti-âges. Les antioxydants qu’il contient, comme la catéchine, aident à garder un corps dynamique, sain et jeune !

« A vos tablettes de chocolat…. noir ! »

Peut-on parler d’addiction au chocolat ?

Christiane Tixier souligne très justement que pour la plupart des amateurs de chocolat, rien ne peut le remplacer quand l’envie d’en manger se manifeste. Les premiers effets de manque font paniquer. C’est la ruée vers la bouchée salvatrice ou, à défaut, vers la vulgaire plaquette de chocolat à croquer qui traîne au fond du placard.

Les « accros » de chocolat définissent leur manque comme un besoin de l’ensemble des qualités sensorielles (arômes, saveurs et texture) et nutritionnelles, spécifiques du chocolat. Rappelons que le sucre et le gras, que renferme le chocolat, agissent sur les régions du cerveau liées au plaisir. Le chocolat procure un sentiment de bien-être et une gratification, liés à la sécrétion d’endorphines, ce qui peut expliquer le désir intense d’en reprendre. L’aire tegmentale ventrale qui fait partie du système de récompense, est sous l’influence des endorphines dont les récepteurs sont la cible des drogues opiacées (héroïne, morphine, etc.). C’est précisément à cet endroit que la plupart des drogues agissent. Si la stimulation est positive, sa reproduction est naturellement réclamée par les cellules concernées. C’est en fait l’un des principes clés de toute dépendance physiologique. Il faut ajouter à cela une autre forme de dépendance psychologique, liée au principe de plaisir et de récompense.

Bien que les accros au chocolat existent, il n’est pas justifié de parler d’accoutumance ou de psycho-dépendance. Le chocolat n’entraîne pas de dépendance physique comme les drogues (même si une légère anxiété peut se manifester en cas d’arrêt). On peut s’en passer quelques jours sans subir les effets secondaires néfastes causés par le manque, comme l’insomnie ou l’agitation psychomotrice. Le chocolat pourrait finalement être considéré comme une drogue douce, presque parfaite, étant sans doute la meilleure, la moins nocive et la plus agréable !